Biographie

Contrairement à ce que la composition de son patronyme peut laisser penser, Dominique Blanc-Francard n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. Non. C’est plutôt avec un fer à souder. Enfin presque. À l’époque de sa naissance, en septembre 1944, c’est son paternel, Jean-Marie Blanc-Francard, qui en a un quasi tout le temps en main. Ingénieur du son, pionnier de la Radiodiffusion-Télévision Française (RTF), il est en permanence en train de démonter-réparer-remonter magnétophones, microphones et postes radio ; Une culture du DIY qu'il va transmettre à son fils.
Avec une maman mélomane formée au piano et fidèle auditrice des émissions musicales diffusées sur les ondes, dès ses premières années, Dominique évolue entre musique et technique.

1962 : LE ROCK YÉYÉ ET LES PINGOUINS

Début 1962, alors qu'il est âgé de 16 ans, celui que famille comme amis appellent Mino est auditionné par Daniel Filipacchi alors en quête pour la maison de disques Decca d’une formation capable de concurrencer les leaders de la vague yéyé. Devenu guitariste des Pingouins, Mino se retrouve instantanément au cœur d’une industrie musicale où le twist à la française fait vendre par millions des 45-tours à un tout nouveau public: les adolescents.
Après le départ pour l'armée de leur chanteur, Mino et Les Pingouins rejoignent Danny Boy, privé de ses Pénitents, sur la tournée Pinder, «Holliday on Twist». Chaque soir,  pendant 6 mois et pour huit morceaux, Dominique joue aux quatre coins de la France dans un chapiteau face à 5000 personnes.
Autre expérience marquante de sa rapide mais intense carrière de musicien rock, il fait pendant 3 semaines la première partie des Shadows à l'Olympia comme guitariste de l'un des plus gros vendeur de l'époque : Frankie Jordan.
Mais à peine émergée, la vague yéyé se brise sur le rivage algérien et sa guerre. Guitariste désormais âgé de dix-neuf ans, Dominique se retrouve sans plan. Il passe alors de l'autre côté de la vitre en entrant en 1963 comme apprenti preneur de son au studio ETA Gaffinel; une micro structure où il découvre une minuscule cabine avec un baffle posé contre le mur, un micro, une piste.

1963 - 1971: PREMIER JOB DERRIÈRE LA VITRE D'UN STUDIO : LE STUDIO ETA GAFFINEL

Chez Gaffinel, Dominique conjugue l’expression « autodidacte » au temps du studio d’enregistrement où l’évolution technique est alors permanente; Être capable de penser-fabriquer-installer consoles, amplis et micros est alors une obligation. En permanence la tête dans la console et le fer à souder en main, il fabrique, puis transforme sans cesse l’outil de production. Pris au jeu de l’expérimentation, en parallèle, Dominique cherche à comprendre comment sont faits les disques qu’il écoute en boucle. Le jeune ingénieur du son au cerveau de musicien va constituer l’abécédaire de son savoir-faire à l'écoute des désormais classiques du rock. Le réel déclencheur de sa carrière apparaît au retour de l’armée, en 1964, quand les premiers 4 pistes révolutionnent les techniques d’enregistrement; Dominique se passionne pour cette nouvelle façon de produire et va faire de ce qui était jusqu'à présent qu'un job, sa nouvelle (dévorante) passion.
Après 7 ans chez Gaffinel, en février 1971, il signe un nouveau contrat pour être ingénieur du son au château d’Hérouville ; le premier studio résidentiel inventé par le compositeur de musique de film Michel Magne. Âgé de seulement vingt- six ans, Dominique se retrouve alors catapulté là où s'apprête à résonner la plus excitante des musiques; le volume y atteindra régulièrement les + 11.

1971-1974 : LE CHÂTEAU D’HÉROUVILLE OU QUAND UN RÊVE DEVIENT RÉALITÉ

En trois ans, entre début 1971 et fin 1973, l’extraordinaire aventure d’Hérouville lui permet d’inscrire en plus des français Magma, Claude Nougaro ou encore Nino Ferrer, les plus grands noms du rock anglais et américain sur son CV : Grateful Dead, Pink Floyd, Elton John, T. Rex, MC5... Au cours de cette période d’une intensité et d’une productivité hors norme, le jeune ingénieur du son travaille également avec les plus grands réalisateurs du moment – Paul Samwell-Smith, Gus Dudgeon et Tony Visconti – soit sur le plan de l’apprentissage, l’équivalent de la meilleure école d’ingénieur du son de Los Angeles.
En 1972, le paradis de l’expérimentation qu’est Hérouville permet à Dominique de réaliser en parallèle de son travail pour les autres, son premier et unique album solo signé chez Barclay, Ailleurs, dans lequel il joue de tous les instruments, sauf la batterie. (L'album vient d'être réédité chez Universal)
Après trois ans dans le cadre idyllique de ce studio hors norme, Dominique quitte le château d’Hérouville en 74 habité d’un grand sentiment de tristesse; il ne peut se résoudre à devenir salarié de l’une des grosses structures parisiennes alors en place. Influencé par les grands noms du son anglo-saxons côtoyés au château, il décide de devenir free-lance: indépendant; soit une première pour un ingénieur du son en France.

1974 : DBF INVENTE LA VF DU FREE-LANCE

Celui que toute la profession appelle désormais par ses initiales – DBF – demande aux principaux studios parisiens de l’autoriser à utiliser leurs installations le soir venu; rapidement, il se retrouve avec les clés des principaux studios parisiens : Davout, Ferber, EMI, Clarens, Aquarium, Barclay et beaucoup d’autres.
Pendant un an, il passe de studio en studio au même rythme que les plus actifs des musiciens; soit parfois une séance le matin dans l’un, puis l’après-midi dans un autre, pour finir la nuit venue dans un troisième. 

1975 - 1980 : L’AQUARIUM

En 1975, DBF se pose à l’Aquarium; une petite structure à l’ambiance familiale et novatrice. Débutants dans la profession, les gens à l’origine du studio ont une attitude beaucoup plus ouverte vis-à-vis de la couleur du son que leurs concurrents déjà en place. Cette nouvelle aventure dure jusqu’en 1980, quand rattrapé par la réalité du monde de la production musicale, Dominique quitte l’Aquarium pour redevenir free-lance.

1981 - 1984 : CONTINENTAL STUDIOS

En 1981, après une nouvelle période en indépendant, il se pose cette fois rue des Martyrs dans un studio qu'il renomme Continental. En super bonus à un set-up quasi idéal, la société 3M alors en quête de visibilité maximale pour son système 100 % digital, lui propose un 32 pistes en leasing. Continental devient ainsi l’un des premiers studios tout numérique de la planète musique et en quelques mois se remplit; DBF enregistre alors un nombre considérable de hits: Chagrin d’Amour, Jeanne Mas, Hervé Cristiani, Alain Souchon, Étienne Daho, et jusqu’à Robert Palmer.
Mais les histoires d’amour de Dominique avec les studios d’enregistrement finissent mal en général; et rarement, elles ne durent plus de trois ans. En septembre 1984, alors qu’il vient de fêter ses quarante ans, il quitte Continental et reprend la route de l’indépendance. 

LES ANNÉES TOP 50

En 84, alors que se créent simultanément Canal Plus et le Top 50, les succès accumulés en vingt ans de carrière permettent à Dominique de s’imposer naturellement comme « le mixeur incontournable » de la production française. Tout artiste voulant voir son morceau entrer dans le Top fait alors appel à DBF. Le « Toi mon toit » d’Elli Medeiros, le « Bienvenue à Paris » de Bill Baxter, ou encore « Voyage voyage » de Desireless sont signés DBF, le faiseur de tube du moment; un hit maker, comme disent ses collègues Anglo-Saxons.
Dominique passe des années quatre-vingt aux quatre-vingt-dix en enchaînant les tubes en indépendant; c’est le règne de “Dom the don” sur le Top 50 français. En plus d’être un label de qualité et un gage de succès, les trois lettres de sa signature sont également l’indicatif du SOS mix le plus performant du métier; DBF est le dépanneur / réparateur à appeler pour sauver « un album mal barré, une DA négligée, une stéréo foirée ».

1991 : UN AUTRE RÊVE DEVIENT RÉALITÉ: RÉALISER

Début 1990, la volonté de Dominique d’être responsable de l’artistique est de plus en plus forte. Avec le sentiment de ne plus avoir de problèmes techniques majeurs à affronter, et pour avoir démonté pendant de nombreuses années les productions des autres pour les remettre en état, DBF a une furieuse envie de réaliser. Il lui faut attendre 1991 pour avoir sa première récompense en qualité de réalisateur: l’album Engelberg de Stephan Eicher, enregistré dans les conditions extra-ordinaire du Kursall, salle des fêtes de ce village des Alpes suisses, dépasse largement le million d’exemplaires. En 1994, celui que la presse spécialisée appelle « le meilleur ingénieur du son français » gagne deux « victoire de la musique »: une comme arrangeur; une autre comme ingénieur du son.

DE 1995 A AUJOURD’HUI : L’AVENTURE DU LABOMATIC

En 1995, il se prépare dans la famille Blanc-Francard un changement décisif pour les carrières du père comme de ses fils; Hubert, le beat-maker de Solaar et futur moitié de Cassius sous le nom de BoomBass, et Mathieu, connu du public son le nom de Sinclair. Face aux problèmes sonores qu'ils connaissent avec leur voisinage respectif peu sensible aux charmes des home-studios-aux-activités-un-brin-trop-professionnelles, ils s’associent pour reprendre l’ancien studio de l’Oncle Sam. Situé dans une perpendiculaire aux Champs-Élysées, le lieu est chargé d’histoire. Initialement appelé Studio 10, au début des années soixante, les Beatles y ont enregistré une version allemande de « She Loves You », Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot leur « Harley Davidson ».
En mixant laboratoire et automatique, Mathieu renomme le nouveau lieu familial Labomatic, un espace pensé pour que chacun ait son project studio, cet intermédiaire entre home studio et studio professionnel qui permet de réaliser des expériences en tout genre, de faire le travail de pré-production hors contrainte temporelle et commerciale.
Au-delà des activités communes aux trois, progressivement, la qualité de la technologie numérique embarquée transforme le Labo en studio commercial. Free-lance depuis son départ de Continental, Dominique y travaille ses projets sans même plus avoir besoin de passer par les grands studios parisiens.
Fin 1996, Dominique rencontre Bénédicte Schmitt dans la micro salle de spectacle du Sentier des Halles. Elle s’occupe de la régie, du son façade, du son retour et de la lumière, en même temps et avec talent. Impressionné, il lui propose de découvrir le Labomatic et sa nouvelle console numérique 02R Yamaha. Leur première journée commune de travail se déroule autour d’un fer à souder; le studio étant alors en pleine « construction », Bénédicte lui a proposé de venir avec le sien. Elle aide ensuite Dominique sur les prises, puis l’assiste, alors que la magie du fer opère: les trajectoires des deux se retrouvent soudées par leur passion commune. En 2000, ils se marient. Après avoir vu naître les albums de Sinclair, Dick Annegarn, les Rita Mitsouko ou encore Cassius, la formule première « père et fils » du Labomatic laisse place à un labo 2.0 piloté en duo par Dominique et Bénédicte.
Techniquement, l’acquisition en 2001 d’une console Euphonix et d’un magnéto numérique R1 propulse le Labomatic dans la cour des grands, ou plus exactement, des gros, qui de moins en moins adaptés aux nouvelles techniques de production commencent à fermer. Artistiquement, les dimensions domestiques du lieu correspondent idéalement à une nouvelle génération d’artistes habituée au home studio ; au Labomatic, c’est comme à la maison, mais avec un duo de « magiciens du son » à disposition. Les succès réalisés au Labomatic s’enchaînent: Camille, Benjamin Biolay, Raphaël, Carla Bruni, Françoise Hardy, La bande à Renaud. 
Après avoir longtemps été associées à Hérouville, l’Aquarium ou encore Continental, le D, le B et le F des initiales de Dominique Blanc-Francard sont désormais indissociables du Labomatic et de Bénédicte. 

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